Îlot 14, chroniques d’un confinement

Dans le sud du 19ème arrondissement, un ensemble de bâtiments construits en 1970 par la Caisse des Dépôts et Consignations forme une petite cité organisée autour d’un jardin.
Le long de l’allée Georges Récipon, l’îlot 14 est une barre de 335 logements répartis sur 13 étages,véritable village vertical où tout le monde se connaît, se côtoie, s’entraide.

Ainsi les enfants jouent ensemble, libres d’aller et venir entre les appartements et le jardin, de sonner à tous les étages; les parents discutent, la solidarité s’organise comme ce fut le cas pour une voisine âgée et seule. J’habite là et j’appartiens à ce voisinage, tissé de sympathie, voire d’amitié et je m’y suis attachée.

Mais le 17 mars 2020, le confinement a éteint cette fourmilière, suspendu le temps, interdit le mouvement. La vie s’est figée comme prise au piège d’un cliché photographique. Alors m’est apparu avec évidence ce projet d’une série de portraits de mes voisins, proches, familiers ou anonymes, qui
faisaient partie de mon quotidien depuis quinze ans et que, soudainement, je ne voyais plus ; si proches mais enfermés chacun chez soi.

Mes photographies montrent cet arrêt du temps, ces familles telles qu’elles étaient lorsqu’elles se
confinèrent, lorsqu’elles vécurent cette expérience aussi inattendue que déroutante ; j’offre un
témoignage de ce moment qui marquera nos vies.

Au-delà du sujet, la mise en scène m’a également semblé s’imposer ; ainsi la distance entre le
photographe et son sujet devient cette distance imposée par la pandémie, concrétisée par ces
vitrages au travers desquelles il faudrait désormais s’observer pour ne pas risquer de se contaminer.
Le hall de l’immeuble devient cet intérieur obligé et seuls les reflets laissent deviner un extérieur
devenu inaccessible. Sobre et lumineuse, ouverte vers le jardin déserté, l’architecture du bâtiment structure la présence des corps dans les images, entre transparence et opacité.

La photographie illustre cet enfermement chez soi, véritable prison de verre, oublié un instant lors de la pose devant la photographe.

Part I